et continuer

Héroïsme et papier de soie

On a bien rit, allez soyez sympas, on se concentre, on est un « artiste sensible ».

On devrait préciser artiste sensible utilisant de préférence le papier de verre pour écrire ses chansons qui quelque fois n’en sont pas. On a pensé puisqu’on est là, on va se mettre en abîme, dans l’image, dans les sons, dans les mots, avec les mots surtout. De Mendelson, on se souvenait  du son d’une voix « parfois au milieu de la nuit, je ne veux pas mourir » c’est lui qui avait osé mettre en mots, oser ces mots simples et redoutables traduction directe des terreurs enfantines, et prolongées au-delà. On se doutait pas vraiment qu’on rirait mais on rit de la fragilité du pauvre gars, héroïque en même temps disant ses histoires pour enfants abandonnés, héros qui le plus souvent se drape dans les images, se promenant parfois en enfance, et toujours dans la dureté du monde le plus âpre, celui des violences sociales. Mais avec des échappées, des mouvements, des envolées, une foi envers la poésie, puisqu’on y est, on remarque d’autant cela.

On entend, on sent parfois qu’on est bien avec toi, si bien qu’on a pensé à te tuer, tiens. On pensait pas qu’on pensait comme ça. On pensait pas qu’il faille cautériser la plaie au fer rouge sur jambe de bois. Et on s’est retrouvé en abîme dans la rue face au bureau de tabac. Imparable lucidité du bureau de tabac de Pessoa, donc, mais aussi le « personne ne le fera pour vous » venant de Bukowski, on savait pas, maintenant on sait d’où ça vient. On ne le redoute plus, on se laisse emporter, on a cette chance, ce privilège de pouvoir plonger comme ça au cœur d’un mille feuille poétique, entre les siens et ceux des autres, d’être invité à pénétrer la fabrique des mots de Mendelson.

Il y en a en particulier qu’on ne pourra pas oublier, c’est les premiers, après les attentats de janvier. Impact trop proche lors de la première le 12, Pascal bafouille fait bien comprendre à la fois qu’on peut pas éviter ça, qu’on peut pas non plus s’arrêter là, il faut surmonter et avec quoi, sinon des mots qui ne sont pas seulement réconfort, mais acides sur la plaie là où il faut sur le sensible, le douloureux, comme il faut, exactement au moment où il le faut, merci pour ça.

Et la dernière alors ? Des images encore circulent, celles terribles d’un homme qui se fracasse contre un miroir, d’où vient-elle celle-là ? et celle d’un enfant qui court, qu’on reconnaît comme l’adolescent de Kes, le film noir de Ken Loach. Le blues avec Rodolphe Burger, anecdote, révélant pourtant un cousinage pas si lointain. On se souvient du « Je m’appelle Samuel Hall, je vous déteste tous » ici venant produire un écho au « J’aime pas les gens, les gens c’est les pires » scandé méchamment par Pascal, brutal, encore une fois exactement, comme il convient.

En toute fin de séance, on se trouve devant des images encore « Pas d’autre rêve » et alors ce sont ces mots qui résonnent : « si tu n’as rien d’autre à toi, invente tes rituels, invente des signes, une langue nouvelle, une langue que tu seras seul à te parler, comme cet homme sur son île parle à son ami imaginaire, invente-là et parle-lui » merci, on va essayer, c’est promis, Pascal Bouaziz, merci.

Mendelson au scanner, à la Maison de la Poésie, janvier-février 2015

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